Bottine sur briques rouges

Je réagis ici à la photo de la maison-bottine publiée le 23 mai dernier par André Carpentier, à la suite de notre marche à Saint-Hyacinthe du 22 mai.

La maison-bottine, André Carpentier

La maison-bottine, André Carpentier

Si c’est une maison, cette bottine, alors tout marche rondement dans les fantaisies de l’enfance que les artistes saisissent d’un trait, puis exposent là, devant un édifice de briques rouges. Un édifice important.

Si c’est une bottine, cette maison, c’est qu’elle est bien jeune… Avec quelques flâneries de plus, elle aura la couleur terre du printemps, de l’usure au talon et des lacets effilochés… Rivière, barrage, pont, piste cyclable, maisons ancestrales, bars aux doubles vitrines, poignée de sœurs centenaires au chœur d’une église vierge, fourmis au travail sur trottoirs à décimenter… Autour du marché, un mercredi de mai, une bottine ne s’encabane pas devant un édifice public de briques rouges ! Même important…

Sur un banc de parc, nous laissons nos chaussures tranquilles un instant, la photo n’est qu’un prétexte, le banc, un lieu de passage pour qui marche en bonne compagnie.

J’aurai flâné à Saint-Hyacinthe… comme si ce moment avait été une méditation où rien ne se fixe, tout passe son chemin, même à six, si bien que les attributs de la bottine – travail, famille, vie meilleure – s’éclipsent au profit des regards éphémères, mais percutants, sur les reliefs du tissu urbain.

À trente pas à l’heure, la bottine-flânerie quitte l’important édifice de briques rouges pour rejoindre l’espadrille noire esseulée au coin de la rue voisine… Autour du marché, tout advient en marchant !

Hélène Guy

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La familiarité par les traits

Ce qu’André écrit à propos de toutes ces lignes qui constituent peu à peu un monde me rappelle notre conversation sur les trottoirs de Saint-Hyacinthe, au fait que cette rue par exemple pourrait aussi se trouver à Trois-Rivières. Des panneaux de signalisation, des câbles électriques, des balcons des clôtures des escaliers droits ou en colimaçon, des pancartes À vendre, du fer forgé délimitant le béton privé de celui public des trottoirs. Oui, je regarde cette photo et ses traits me ramènent à mon bon vieux centre-ville trifluvien…

L’art de visser une pancarte

L'art de visser une pancarte

Amours anonymes

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Parc Casimir-Dessaulles, Saint-Hyacinthe. Lui, d’un côté de la table à pique-nique, accompagné de sa glacière Igloo. Elle, de l’autre, range une boîte-à-boire vide et du papier cellophane froissé dans son sac isotherme. Il pourrait s’agir d’un couple ou encore de collègues partageant un lunch et, pourtant, ils n’échangent pas un mot, préférant au blanc des yeux des amours anonymes gravées au canif. Fatigue du silence partagé oblige, il se couche sur le banc, lève et croise les jambes pour déposer ses semelles empoussiérées sur une écorce avant de fermer les yeux. La montre reposant sur son ventre, ne laisse rien présager du temps qui passe – ou ne passe plus.

Elle finit par le regarder en n’offrant même pas la possibilité d’une moue. Elle prend sous le bras son sac isotherme avant de quitter le parc en claudiquant.

Triptyque à quatre pattes II