Pistons

Nous devions nous rejoindre à La crème de la crème à 9h30. Mais c’est la voix de Yves, de l’autre côté de la rue de la Commune, qui m’a fait lâcher la lourde porte de bois du resto fermé à clé, privant les flâneurs de leur expresso de départ. Nous nous sommes finalement rejoints non loin des rails, du stationnement du Centre des sciences et de son cinéma IMAX, au croisement de la Commune et du boulevard Saint-Laurent. Nous nous étions promis une marche toute en lenteur, «avec des arrêts attentifs sur certains cas d’éclectisme», comme le proposait André dans le menu de cette flânerie. Mais à lire les différentes rubriques consacrées à cette Main mythique, c’est le foisonnement, l’abondance, la diversité entraînant un vertige, une certaine vitesse, que j’avais en tête. Une rapidité à l’égal de celle dictant le rythme de ces passants ou commerçants affairés que nous avons croisés, dérangés parfois par nos multiples arrêts, lançant quelques regards suspicieux autour d’eux, puis reprenant leur cadence, comme si rien n’avait fait irruption dans leur quotidien. Or c’est bien la lenteur, l’attention que celle-ci permet de déployer qui ouvre la porte au jaillissement, à l’inattendu.

Malgré les nombreuses années écoulées depuis l’époque des reportages de Gabrielle Roy pour le compte du Bulletin des agriculteurs, il est fascinant de lire ces passages qu’elle consacre au boulevard Saint-Laurent, celui qu’elle nomme le «méridien de Montréal» :

«Arbitrairement, il tranche la ville en deux sections, est et ouest, qui vont affirmer leur caractère particulier à mesure qu’elles s’étendront en sens opposé. […]

Sa destinée est de trouver l’eau. Bras droit du fleuve dont il a pris le nom, il traverse l’île pour aboutir à la rivière des Prairies. Et il finit à la prison de Bordeaux.

Dans sa carrière tumultueuse, il s’est fait à l’image du monde : boutiques de tatouage, refuges de matelots, antres crasseux des diseuses de bonne aventure avec leurs vitrines tapissées de mains géantes et de tentures grossières, maisons de gros, débits à l’once ou à la verge, voitures ambulantes, brasseries, synagogues, théâtres, halles et tavernes.

Partant des bas quartiers, il monte jusqu’aux abords de la montagne. Il regarde les signes de conquête qu’on a dressés aux deux pôles de la ville : la croix sur les hauteurs, les élévateurs sur les quais. En haut, les châteaux; en bas, les taudis.

Âme vagabonde, il connaît la senteur du blé, du cambouis, du poisson, de l’ail, de la bière, du blé d’Inde soufflé, des frites et du smoked meat. […]

Le cri de la sirène assiste à son départ et le tumulte d’un courant rapide et dangereux l’accueille au terme de ses fantaisies. C’est encore à lui, grand voyageur, qu’il faut se confier pour aller à la découverte de la ville.»

(Gabrielle Roy, Heureux les nomades et autres reportages 1940-1945, présentation de François Ricard et Antoine Boisclair, Montréal, Boréal, coll. « Cahiers Gabrielle Roy », 2007, p. 27-28.)

Même si elle se consacre (dans ces extraits) au centre-ville, nous avons pour notre part flâné jusqu’au marché Jean-Talon. Nous avons pisté l’esprit patchwork de la Main, qui se fait sentir bien au-delà de Sainte-Catherine. Des mini-ruelles, des parcs longeant «le méridien», dont le parc des Amériques et celui du Portugal, le Barfly, l’Église de Dieu Réparateur de Brèches (qu’on peut joindre dans l’indicatif métropolitain du 514), la galerie Yves Laroche, qui a troqué le Vieux-Montréal pour le Mile-End, quasiment la Petite-Italie. Ce qui me ramène d’ailleurs à un effluve d’expresso, comme ceux que je préparais aux Délices, quand je travaillais sur la rue Saint-Paul. M. Laroche les aimait allongés à la demie, avec un quart de lait chaud.

Église de Dieu Réparateur de Brèches

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La familiarité par les traits

Ce qu’André écrit à propos de toutes ces lignes qui constituent peu à peu un monde me rappelle notre conversation sur les trottoirs de Saint-Hyacinthe, au fait que cette rue par exemple pourrait aussi se trouver à Trois-Rivières. Des panneaux de signalisation, des câbles électriques, des balcons des clôtures des escaliers droits ou en colimaçon, des pancartes À vendre, du fer forgé délimitant le béton privé de celui public des trottoirs. Oui, je regarde cette photo et ses traits me ramènent à mon bon vieux centre-ville trifluvien…

L’art de visser une pancarte

L'art de visser une pancarte

Amours anonymes

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Parc Casimir-Dessaulles, Saint-Hyacinthe. Lui, d’un côté de la table à pique-nique, accompagné de sa glacière Igloo. Elle, de l’autre, range une boîte-à-boire vide et du papier cellophane froissé dans son sac isotherme. Il pourrait s’agir d’un couple ou encore de collègues partageant un lunch et, pourtant, ils n’échangent pas un mot, préférant au blanc des yeux des amours anonymes gravées au canif. Fatigue du silence partagé oblige, il se couche sur le banc, lève et croise les jambes pour déposer ses semelles empoussiérées sur une écorce avant de fermer les yeux. La montre reposant sur son ventre, ne laisse rien présager du temps qui passe – ou ne passe plus.

Elle finit par le regarder en n’offrant même pas la possibilité d’une moue. Elle prend sous le bras son sac isotherme avant de quitter le parc en claudiquant.

Triptyque à quatre pattes II

La maison-bottine

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Il en faut des lignes pour faire un monde!

Il en faut des lignes pour faire un monde! Des longues, des courtes, des fines, des épaisses, des droites, des courbes, des verticales, des horizontales, des diagonales, des croisées, des parallèles, des superposées, des tressées, des fuyantes…DSC05437

Le clocher de Saint-Jean-Vianney

Au lendemain de la marche du 8 mai rue Beaubien, depuis l’édicule du métro Beaubien jusqu’au boulevard des Galeries d’Anjou, Yves Lacroix écrit, dans sa chronique :

«Au 6421, à l’ouest de la 26e avenue, est l’église Saint-Jean-Vianney, fonctionnelle, celle-là [par rapport à l’église Saint-Eugène, croisée plus tôt, métamorphosée en appartements à loyers modiques], d’une paroisse fondée en 1925.

L’église Saint-Jean-Vianney est une des églises à l’architecture la plus éclatée de la ville. Le chemin de croix est l’œuvre du sculpteur Jordi Bonet et le vitrail fut créé par le verrier français Gabriel Loire. Une grande tapisserie réalisée par Micheline Beauchemin orne aussi l’intérieur de l’église. (http://www.imtl.org/edifices/eglise_Saint_jean_Vianney.php)

Il faudra revenir sonder les portes. Je note pour l’instant la modernité de l’édifice, avec un toit à double pente posé sur le rez-de-chaussée. Trois cloches superposées sont exposées dans un clocher ouvert planté contre le trottoir.» (Yves Lacroix)

Clocher de l'église Saint-Jean-Vianney

Kryptonite rue de Courcelle

Kryptonite

Superman peut «emprunter» ce vélo sans danger, car ses allergies printanières ne concernent que les kryptonites verte, rouge et dorée. C’est du moins ce qui se dit aux éditions DC et dans les milieux bien informés de Smallville.

Difficile de se faire une idée (Notre-Dame et Université)

Difficile de se faire une idéée